Sécheresse, incendies, canicules : l'été 2026 donne un aperçu très concret du climat dans lequel les PME et ETI françaises devront désormais opérer.
Pour les entreprises, le changement climatique se traduit par des difficultés d'approvisionnement, des rendements en baisse, des salariés exposés à la chaleur, des bâtiments inadaptés, des interruptions d'activité. Ce n’est plus seulement un sujet environnemental, le changement climatique impacte directement les actifs, la productivité, les approvisionnements et le chiffre d'affaires.
Pourtant, le niveau de préparation des PME et ETI reste faible. 68 % des dirigeants de PME et ETI ne considèrent pas encore l'adaptation au changement climatique comme un sujet stratégique majeur. 57 % estiment leur entreprise aujourd'hui faiblement exposée aux aléas climatiques. Seuls 20 % se considèrent vulnérables aux sécheresses et au manque d'eau, et 15 % aux inondations.
Le contraste avec l’intensité des événements que nous vivons devient difficile à ignorer.
Quand l'aléa climatique devient une ligne du compte de résultat
Derrière les degrés supplémentaires annoncés se cachent des conséquences très concrètes pour les entreprises dans nombreux secteurs qui perdent en productivité.
Bpifrance Le Lab, en s'appuyant sur une estimation de l'Organisation internationale du travail, donne un ordre de grandeur parlant : 2 % des heures travaillées seront perdues à cause des fortes chaleurs à l'échelle mondiale. Pour une entreprise de 50 salariés rémunérés au SMIC, cela représenterait une perte sèche de 22 000 € par an. À cela peuvent s'ajouter des coûts indirects : refroidissement des équipements et des bâtiments, adaptation des horaires, arrêts d'activité, décalage de chantiers.
Le risque peut aussi intervenir de manière indirecte, sur la chaine de valeur. Une sécheresse qui réduit la disponibilité d'une matière première, une restriction d'eau qui affecte un fournisseur industriel ou un incendie qui perturbe une infrastructure logistique peuvent toucher une entreprise située à plusieurs centaines de kilomètres de l'événement climatique. C'est là toute la difficulté du risque climatique : l'entreprise n'a pas besoin d'être directement sinistrée pour en supporter le coût.
Les inondations l’illustrent particulièrement. Une étude publiée en juin 2026 par la Banque de France, constate que les entreprises situées dans une commune touchée par une inondation voient leur chiffre d'affaires diminuer de 8 % jusqu'à cinq ans après l'événement et leur probabilité de survie reculer de 2 %. Certaines TPE du Nord Pas de Calais ont même subi des pertes de chiffre d'affaires supérieures à 30 %, voire 50 % en 2023-24. Les entreprises situées dans les communes voisines peuvent même être affectées indirectement.
Autrement dit, le coût d'un événement climatique ne se limite pas au remplacement d'une machine ou à la remise en état d'un bâtiment. Il peut affecter durablement la trésorerie, les ventes, le BFR, les coûts d’exploitation, les investissements et, parfois même, la pérennité de l'entreprise.
Au-delà de la décarbonation, la nécessite d’intégrer le risque climatique
Les entreprises françaises se sont progressivement saisies de la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Selon l'enquête 2025 de la Banque européenne d'investissement, plus de neuf entreprises françaises sur dix ont pris des mesures pour réduire les émissions. Réduire ses émissions est bien entendu indispensable. Mais se préparer aux conséquences du changement climatique est un exercice différent.
Une usine décarbonée reste vulnérable si elle dépend d'une ressource en eau devenue insuffisante. Un entrepôt alimenté en énergie renouvelable pourrait devenir difficilement exploitable lors de fortes chaleurs. Une flotte électrifiée n'empêchera pas l'arrêt d'un fournisseur stratégique touché par une inondation.
Or, seuls 16 % des dirigeants d’entreprises en France ont réalisé un diagnostic de vulnérabilité climatique et 12 % disposent d'une stratégie et d'un plan d'action d'adaptation (BPIFrance Le Lab).
C'est sans doute là que se situe aujourd'hui le principal angle mort : beaucoup d'entreprises ont déjà engagé des actions ponctuelles (réduire la consommation d'eau, rénover un bâtiment, aménager les horaires en période de chaleur) sans avoir réellement identifié les vulnérabilités susceptibles d'affecter leur modèle économique.
Transformer le risque climatique en décisions d'investissement
L'adaptation ne doit pas devenir un nouveau reporting ESG. L’enjeu est au contraire de ramener l’adaptation au changement climatique à quelques questions très opérationnelles.
Mon site de production peut-il fonctionner avec moins d'eau ou davantage de jours à très forte chaleur ? Quel serait l'impact d'une baisse de 20 % de la productivité pendant plusieurs jours ? Quelle part de mon chiffre d'affaires dépend d'un fournisseur ou d'une matière première particulièrement exposés aux sécheresses ? Quel investissement réalisé aujourd'hui pourrait éviter une perte d'exploitation significative demain ?
C’est à partir de ces questions, qu’il est possible de cartographier les vulnérabilités, de quantifier les conséquences financières et de hiérarchiser les risques. Puis, dans un second temps, d'arbitrer les investissements et mesures de prévention : sécuriser un approvisionnement en eau, diversifier ses fournisseurs, adapter un bâtiment aux canicules, protéger un site contre les inondations ou modifier un procédé industriel. Les réponses seront différentes d'une entreprise à l'autre.
C'est cette approche que nous portons chez Oderis lorsque nous travaillons avec des PME et ETI : partir des réalités opérationnelles et financières de l'entreprise pour construire une trajectoire d'adaptation proportionnée à ses risques, plutôt que d'ajouter une nouvelle démarche théorique. C’est transformer un risque climatique encore abstrait en risques business identifiés, chiffrés et priorisés, puis en un plan d'action concret et proportionné aux enjeux de l'entreprise.
Car attendre la prochaine sécheresse ou la prochaine inondation pour découvrir ses vulnérabilités est aussi un choix, mais rarement le moins coûteux.
Sources
- Bpifrance Le Lab, L'adaptation des PME et ETI au changement climatique, 2024
- Banque de France, L'impact des inondations sur la performance des entreprises et leur localisation, juin 2026
- LegiFrance, Décret n° 2024-86 du 7 février 2024 portant création d'une aide pour les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques résultant des inondations dans le Nord et le Pas-de-Calais en novembre 2023 et janvier 2024, 2024
- Banque Européenne d’Investissement, Les entreprises françaises poursuivent leurs efforts pour réduire leurs émissions et innover, selon l’enquête de la BEI sur l’investissement, 2025